HARLEZ DE DEULIN (de) (Charles) (chevalier)

HARLEZ de DEULIN, chevalier Charles de (Liège, 21 Août 1832- Louvain, 14 juillet 1894), Spécialiste des études avestiques, puis des études chinoises, professeur à l’Université catholique de Louvain.

 

D’une vieille famille de la petite noblesse liégeoise au service du Prince-Evêque et de la ville, il est le troisième enfant de Conrad Lambert Servais de Harlez et de Marie-Anne de Reul, dite de Bonneville.

Après des Humanités où il se passionne pour les langues anciennes, les littératures étrangères et les beaux-arts, il obtient, en 1855, le titre de Docteur en droit de l’Université de Liége, qui pourrait lui ouvrir une carrière au barreau ou en politique. Pourtant, la même année, il entre au Grand Séminaire. Il est ordonné prêtre en 1858 et nommé au Collège Saint Quirin de Huy, où il assume successivement les fonctions de sous-directeur, puis de directeur, avant de devenir directeur de l’Ecole normale des Ecclésiastiques fondée en 1862 et rattachée à l’université catholique de Louvain.

Des problèmes de santé, récurrents depuis son adolescence, l’obligent à renoncer à cette charge et c’est à la suggestion de son évêque qu’il se plonge dans l’étude des langues indo-iraniennes, malgré l’indigence des instruments de travail disponibles. Il mène ce travail en autodidacte méthodique, soucieux de grammaire rigoureuse, de confrontation avec les textes originaux comme avec les traditions indigènes. C’est sur cette base qu’il est nommé professeur de langues orientales à la faculté de Philosophie et Lettres de l’Université catholique de Louvain en 1871.

Ses travaux impressionnent par leur nombre tout en laissant perplexe devant leur répartition en deux époques presque égales et relativement tranchées, la première consacrée aux études avestiques, la seconde aux études chinoises, sans que la logique du passage de l’une à l’autre transparaisse de manière évidente. La vive discussion sur l’interprétation de l’Avesta dans laquelle il s’implique et qui l’oppose notamment à J. Darmstetter n’en est sans doute pas la seule cause. Dès 1883, il délaisse progressivement le monde iranien et les études de l’Avesta, malgré l’appréciation très positive des parsis indiens, notamment de l’association pour les études zoroastriennes de Bombay. Il oriente alors ses travaux, toujours en autodidacte, vers la Mandchourie, le bouddhisme et la Chine. Les textes philosophiques et religieux retiennent d’abord son attention, notamment le Livre des mutations (Yi King), qu’il commente en 1889, ou encore un ensemble de textes taoïstes. Mais c’est surtout sur le néo-confucianisme de la période Song (960-1280) qu’il fera porter ses efforts, entrant dans une discussion très polémique avec un jésuite, le Père Legall sur la signification à donner au système de la nature du philosophe Tchou Hi. Il n’en néglige pas pour autant des phénomènes aussi divers que l’infanticide en Chine, la morale de Tchou-hi, les règlements militaires des Chinois, le christianisme en Chine aux VIIe et VIIIe siècles, ou le rêve chez les Chinois.

L’Académie accueille ses travaux, qu’il s’agisse de la religion nationale des Tartares orientaux (Mandchous et Mongols) comparée à la religion des anciens Chinois, d’un essai d’anthropologie chinoise, de l’interprétation du Yi King ou de l’école philosophique moderne de la Chine, ... . Le Journal asiatique publie onze études parmi lesquelles ses "Etudes avestiques" et sa réflexion sur les origines du zoroastrisme, mais aussi ses travaux sur les mandchous, les rituels chinois, les annales oratoires, les figures symboliques du Yi King, les plus anciens philosophes chinois, .... Les deux facettes de ses recherches apparaissent également dans le Journal of the Royal Asiatic Society ou le Babylonian and Oriental Record, et bien sûr Le Muséon. Quant à ces intérêts chinois, ils justifient la publication d’articles dans les mémoires de la société sino-japonaise, le Giornale della asiatica società italiana, l’Imperial Quarterly Review, le Toung pao, le Wiener Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes. Et c’est sans compter avec les articles de haute vulgarisation qu’il publie dans la Revue catholique de Louvain, la Revue générale, le Contemporain, la Dublin Review.

Cette activité débordante s’exprime aussi par une participation assidue aux réseaux scientifiques de son temps. Il est membre des académies royales de Belgique et du Portugal, de l’Académie indo-chinoise, de l’Institut ethnographique de France et membre d’honneur de la Society of Biblical Archeology. Mais il participe également aux activités de la Royal Asiatic Society, de la Société asiatique et de la Société linguistique de Paris, de la Morgenländische Gesellschaft de Leipzig, de la Société asiatique italienne, de la Société des Textes palis, ... et même de la Société d’Economie politique ou de la Société française des Américanistes. Le volume de travaux qui lui est offert en 1896, à l’occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur, témoigne d’ailleurs à souhait des relations qu’il a su créer et entretenir avec de très nombreux collègues par la diversité et la qualité des auteurs des articles rassemblés.

Non content de cette intégration multiforme dans le monde des chercheurs orientalistes, Charles de Harlez va encore déployer tous ses talents d’organisateur dans la création d’une revue au rayonnement immédiat et durable: Le Muséon. Cette revue de qualité, sobrement sous-titrée “Revue d’études orientales” à partir de 1915, va très rapidement s’imposer dans le petit monde des revues orientalistes. Il servira de tribune aux orientalistes de Louvain, mais, sous l’impulsion de de Harlez, elle sera, et restera, largement ouverte sur les réseaux scientifiques internationaux. Les tables dressées en 1936 par le chanoine van Lantschoot en témoignent à loisir. Le volume du Centenaire ne fait que confirmer l’ampleur et la qualité du propos. C’est peut-être au long de ces livraisons de la revue que se révèle le mieux la conception particulièrement élevée qu’il se faisait de l’Université, son successeur, L.T. Lefort, l’associant à J.B. Carnoy en affirmant que pour lui “l’Université est avant tout un centre de production scientifique, une réunion d’hommes occupant les avant-postes de la science; c’est aussi une école de science où l’on forme des savants; puis enfin, mais en troisième lieu seulement, une école des carrières où l’on instruit les jeunes gens qui se destinent aux professions libérales”.

 

Paul Servais
28 avril 2017
paul.servais@uclouvain.be

 

Sources publiées

 

a) Publications de Charles de Harlez de Deulin

 

de Harlez de Deulin (Ch.), Avesta. Livre sacré des sectateurs de Zoroastre, traduction du texte zend, Liège, 1875-1877.

de Harlez de Deulin (Ch.),  Etudes avestiques. Sens des mots zend-avesta. Des controverses relatives à l’Avesta. Religion de la Perse ancienne, Paris, 1878.

de Harlez de Deulin (Ch.), L’exégèse et la critique des textes zends, Leipzig, 1883.

de Harlez de Deulin (Ch.), Manuel de la langue mandchoue. Grammaire, anthologie, lexique, Paris, 1884.

de Harlez de Deulin (Ch.), Textes mandchous traduits pour la première fois, Louvain, 1884.

de Harlez de Deulin (Ch.), Grammaire de la langue sanscrite, Louvain, 1879, 2e éd. 1885.

de Harlez de Deulin (Ch.), A buddhist repertory; un répertoire bouddhiste pentaglotte (sanscrit, tibétain, mandchou, mongol et chinois), édité, traduit et expliqué, Londres, 1888-1889.

de Harlez de Deulin (Ch.), Le texte originaire du Yih-king, sa nature et son interprétation, Paris, 1887.

de Harlez de Deulin (Ch.), L’I-li, le plus ancien rituel de la Chine, traduit pour la première fois et commenté, Paris, 1889.

de Harlez de Deulin (Ch.), La Siao Hio. Manuel général de la morale chinoise, avec le commentaire de Tchen Siuen, traduit pour la première fois, Paris, 1889.

 

 

Travaux scientifiques

 

Lamotte (E.), Notice sur le chevalier Charles de Harlez de Deulin, membre de l’Académie, in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, 1953, pp. 415-440.

Bibliographie de l’Université catholique de Louvain (1834-1900), Louvain, 1900, pp. 230-237.

 

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Biographical Dictionary of Overseas Belgians