DE RAYMOND (Georges)

DE RAYMOND, Georges (Namur, 8 septembre 1873 - Bruxelles, 24 décembre 1950), diplomate.

Georges de Raymond descend d'une lignée de maîtres métallurgistes qui établirent résidence au château des Forges à Thon (commune d'Andenne, province de Namur). Son père Augustin de Raymond (1840-1900), était greffier provincial de Namur et sa mère, Léontine de Cartier (1843-1897) était la fille du bourgmestre de Watermael-Boisfort (1842-1848) Eugène Amour de Cartier (1803-1869) qui était également actif dans la métallurgie. Augustin de Raymond a obtenu concession de noblesse en 1888. Georges de Raymond obtient un diplôme de candidat en philosophie et lettres (qui précède à l'étude du droit) et entame une carrière au Ministère des Affaires Étrangères en tant qu'adjoint à l’administration centrale en 1895. Il est en cela fort encouragé par son cousin Émile Ernest de Cartier de Marchienne (1871-1946), le futur ambassadeur de Belgique à Londres durant la Seconde Guerre mondiale.[1]

Devenu secrétaire de 2e classe, il occupe consécutivement des postes à Madrid, Vienne et Paris. Suite à la visite de Léopold II à la capitale française en 1900, Georges de Raymond publie ses impressions sur le souverain avec lequel il avait noué des liens d'amitié[2], en un petit livre intitulé 'Léopold II à Paris. Souvenirs.'[3] Nommé secrétaire de 1e classe il occupe des postes à Belgrade, Luxembourg et au Saint-Siège.

Le 25 mai 1906 il se marie à Paris avec Alliette Duguesclin de Saint-Gilles (1882-1947). Le couple s'établit au château de Fretay, domaine de la famille de Saint-Gilles, à proximité du village breton de Saint Germain en Coglès. Le couple aura  trois enfants : Guy (1907-1974), Ghislaine (1909-1993) et Éliane (1912-1980).

Georges de Raymond est nommé conseiller en 1910 et part pour Vienne, puis Berne et Londres avant d'obtenir son premier poste de ministre plénipotentiaire à Téhéran, capitale de la Perse des Qadjars, le 28 septembre 1917.

À la demande du shah de Perse, la Belgique exécutait depuis 1898 une réforme des douanes, postes et finances impériales. De nombreux fonctionnaires, mis à la disposition de la Perse en ce but, y formaient la 'mission belge'.

Cette intervention belge est à situer entièrement dans le cadre d'une ingérence occidentale croissante dans tout le Moyen-Orient. La récupération du commerce terrestre, source traditionnelle de richesse de la région, par les marines marchandes européennes, causant un appauvrissement généralisé, contraint les potentats locaux, dont les empereurs Qadjars, à faire des emprunts importants auxquels les bailleurs de fonds européens ne consentaient qu'en obtenant des territoires, des concessions économiques ou le contrôle des finances nationales en contrepartie. Comme il ne pouvait être question de soumettre les finances du pays aux grandes puissances impérialistes qui menaçaient son indépendance - les Russes au nord et les Britanniques, qui se réservaient un 'cordon sanitaire' vers les Indes, au sud - la Perse s'était tournée vers des puissances économiques non impérialistes telles que la Belgique. Cette dernière, en quête de prestige international et, en définitive, de débouchés pour son industrie en plein essor, était demanderesse de telles interventions qui se sont d'ailleurs multipliées de par le monde. Á cette époque de nombreux investisseurs, entrepreneurs, ingénieurs, techniciens et autres spécialistes belges se sont expatriés. C'est ce qu'on a appellé "la belle époque de l'expansion belge".[4] Le corps diplomatique belge est mobilisé à cet effet.

Le maintien de la mission belge en Perse sera donc un des soucis principaux de Georges de Raymond. Or au moment de l'arrivée de celui-ci, le renouvellement des contrats des fonctionnaires belges par le parlement persan semble plus compromis que jamais et fait craindre pour la pérennité de la présence belge en Perse.[5] Comme ses prédecesseurs, Georges de Raymond oeuvre avec zèle pour favoriser la reconduction des contrats, mais ce sont surtout deux évènements imprévus qui permettront d'atteindre cet objectif.

Lorsqu'en juillet 1921, le commissaire Ivan Azrilenko du Comité Pétrolier d'Azerbaïdjan Azneftkom à Baku, fuit la révolution bolchévique pour se réfugier en Perse, le ministre plénipotentiaire soviétique à Téhéran, Théodore Rothstein, qui le soupçonne de vol de biens soviétiques, le place en détention. Azrilenko, qui se fait passer pour un citoyen polonais, réussit à échapper à la vigilance de la légation soviétique et se réfugie à la légation de France qui représente les intérêts polonais en Perse. Rothstein, ayant perdu la face, exige alors du shah, à l'époque: Ahmad Shah Qadjar, qu'Azrilenko lui soit rendu sans quoi il romperait les relations avec la Perse. La légation de France refuse de livrer Azrilenko. Le Shah, fort inquiet par la tournure des évènements, craint pour son trône et pour la souveraineté de son pays. Il s’adresse alors au ministre plénipotentiaire de Belgique, doyen du corps diplomatique à Téhéran et connu pour son tact et les bonnes relations qu’il entretient avec Rothstein – malgré la non reconnaissance de l’Union Soviétique par la Belgique – pour le prier d’intervenir en tant que médiateur. Georges de Raymond accepte, prend son temps, calme les esprits et, dans la plus pure tradition belge, se concerte avec chacune des parties concernées séparément. Il réussit finalement à réconcilier tout le monde, à éviter aux puissances de perdre la face et à renforcer la souveraineté de la Perse.

Devant ce succès, la légation belge jouit de la reconnaissance de tous et en particulier du Shah. Sur proposition de Lambert Molitor, administrateur belge des douanes persanes, Georges de Raymond prolonge son séjour en Perse pour exploiter le regain de prestige belge en vue des négociations pour la reconduction des contrats des fonctionnaires de la mission belge. Cette décision s’avérera salutaire car le ministre plénipotentiaire aura une fois de plus l’occasion de s’illustrer.

En septembre 1922 un employé de la légation américaine est attaqué par des militaires lors de démonstrations antisémites à Téhéran. Le ministre plénipotentiaire américain, Joseph Kornfeld, lui même juif, se laisse manipuler par les Britanniques et accuse les bolchéviques. Il menace à son tour de rompre avec la Perse et d'amener la flotte américaine devant le port de Bushehr, la porte de la Perse sur le Golfe persique. Georges de Raymond réussit à persuader les États-Unis d'octroyer un prêt à la Perse. En contrepartie, Reza Khan, le futur shah, fait dégrader l'officier responsable des troubles et contraint son ministre de la guerre de présenter ses excuses à Kornfeld. Ainsi de Raymond évite une fois de plus un incident diplomatique à la Perse.

La mission belge en Perse doit probablement son maintien jusqu'en 1934 à l'habileté de son ministre plénipotentiaire à un moment où tout laissait prévoir sa suppression.

Georges de Raymond quitte la Perse en mauvaise santé en octobre ou novembre 1922 pour n'être envoyé à son nouveau poste à Prague qu'en janvier 1924. Il y crée l'Association économique belgo-tchécoslovaque. De 1932 à 1938 Georges de Raymond occupe son dernier poste de ministre de Belgique en Turquie. Dans ces deux derniers pays, de Raymond gagne, comme en Perse, l'estime généralisée de ses pairs. Il se lie d'amitié avec Edvard Beneš, ministre des affaires étrangères de Tchécoslovaquie ainsi qu'avec Kemal Atatürk qui lui aurait, comme le Shah de Perse, régulièrement demandé conseil.[6] Georges de Raymond se retire de la vie active le 1er janvier 1939. Il s’installe à Bruxelles et au delà d’une passion pour la généalogie, nous ne disposons pas de plus amples informations sur la période qui précède son décès.

 

Eric Laureys
Eric.LAUREYS@stis.belspo.be

 

Sources inédites

Archives du Service Public Fédéral des Affaires Étrangères (SPFAE), Dossier Personnel 1536, Georges de Raymond – Ministre.

Archives du Service Public Fédéral des Affaires Étrangères (SPFAE), Dossier : "Belgique - Perse" 10642.

Entretien avec Diane de Raymond, petite-fille de Georges de raymond, 12 décembre 2012.

 

Sources publiées

Etat Présent de la Noblesse Belge, Annuaire de 2011, Guyot, Bruxelles.

Farcy (P.), Thon a une santé de fer. Vie de château, in La Libre, 12 janvier 2007. (https://www.lalibre.be/archives/divers/article/325535/thon-a-une-sante-de-fer.html)

 

Travaux scientifiques

Carcan-Chanel (N.), Rôle des intérêts et des ambitions économiques de la Belgique dans l'histoire de ses relations diplomatiques 1870-1914, in Carcan-Chanel (N.) & Delsemme (M.), Agents diplomatiques bel­ges et étrangers au XIXe et XXe siècles. Deux études économico-sociales, Bruxelles, Institut de Sociologie, 1968.

Dumoulin (M.), Présences belges dans le monde : 1830 - 1940, in Dumoulin (M.), ed., Les Belges à l'étranger - 150 ans de réalisations dans le Tiers Monde, Bruxelles, Union royale belge pour les Pays d'Outre-Mer et l'Europe unie, 1985.

Laureys (E.), Belgen in Perzië 1915-1941, verwezenlijkingen, verhoudingen en attitudes, Louvain, Inforient-Peeters Publishers, 1996.

Shepherd (N.), The Zealous Intruders, San Francisco, Harper & Row, 1987.

 


[1] Entretien avec Diane de Raymond, fille de Guy de Raymond, 12 décembre 2012.

[2] D'après Diane de Raymond, Georges de Raymond connut le Roi en ayant servi de sosie pour celui-ci.

[3] de Raymond (G.), Léopold II à Paris. Souvenirs, Bruges,  Desclée de Brouwer, 1950, p. 136.

[4] Dumoulin (M.), Présences belges dans le monde : 1830 - 1940, in Dumoulin (M.), ed., Les Belges à l'étranger - 150 ans de réalisations dans le Tiers Monde, Bruxelles, Union royale belge pour les Pays d'Outre-Mer et l'Europe unie, 1985, p. 24.

[5] Voir la notice ‘Camille Molitor’.

[6] Entretien avec Diane de Raymond, 12 décembre 2012.

 

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Tomaison: 

Biographical Dictionary of Overseas Belgians